La mort subite du nourrisson

La mort subite du nourrisson, qui touche environ 300 enfants chaque année en France, demeure largement inexpliquée. Sa cause serait à chercher dans la corrélation de plusieurs facteurs distincts.

La mort subite survient chez un tout-petit (50 % des décès ont lieu entre 2 et 4 mois), pendant son sommeil (nocturne le plus souvent, entre minuit et 8 heures du matin), et sans qu’aucun signe avant-coureur n’ait pu, dans la plupart des cas, alerter les parents.

Des statistiques fluctuantes

Certaines saisons sont plus critiques que d’autres. Des études ont montré une fréquence de la mort subite augmentée à partir du mois de septembre pour atteindre un maximum en novembre, décembre, janvier. Puis, les cas se font moins nombreux jusqu’à devenir rares au mois d’août. Elle affecte plutôt les petits garçons, mais au-delà, on peut constater que les nourrissons à risque de mort subite sont des anciens prématurés et des tout-petits qui ont connu des problèmes respiratoires au moment de la naissance, ou dans les premières semaines de vie. Il faut surveiller les malaises avec pâleur ou les cyanoses après les repas.

Un gène incriminé

  • En 2004, des chercheurs américains ont identifié un gène responsable d’une forme primaire du syndrome de la mort subite.
  • Leur étude s’est déroulée dans une petite communauté rurale de Pennsylvanie. Sur deux générations, neuf familles y avaient perdu 21 bébés victimes de ce syndrome.
  • Les chercheurs ont analysé l’ADN de quatre de ces enfants ainsi que celui de leurs parents frères et sœurs et les membres de la famille élargie. Selon eux, un gène appelé TSPYL, qui est exprimé à la fois dans le tronc cérébral et les testicules, pourrait être responsable de la mort subite.
  • Le séquençage ADN de ce gène chez les quatre enfants a montré une grave altération : tous les bébés affectés avaient deux copies anormales de ce gène TSPYL et tous leurs parents étaient porteurs de cette altération.

Coucher bébé sur le dos ou le ventre ?

Après la première campagne gouvernementale de prévention sur le sujet, en 1994 (on préconisait notamment le couchage sur le dos), les chiffres de la mort subite ont été divisés par deux. Dans la position dorsale, en effet, un bébé lutte mieux contre la chaleur ou contre la fièvre. De surcroît, il ne respire pas un air confiné. Sur le dos, le risque est moins grand également que le bébé ne s’enfouisse sous les couvertures, ne se coince dans un coin du matelas ou dans le tour de lit.

L’hérédité en question

Le petit frère ou la petite sœur d’un bébé mort subitement n’a pas plus de risques de faire un malaise grave que n’importe quel autre enfant, exception faite pour un jumeau qui doit être placé sous un moniteur cardio-respiratoire à domicile. Une bonne prise en charge, lors du décès et de la grossesse ultérieure, permet le plus souvent de limiter l’anxiété des parents.

La piste des cellules hépatiques

Des chercheurs s’intéressent aujourd’hui à l’alpha fœto-protéine, produite par les cellules hépatiques du fœtus. Un taux élevé de cette protéine dans le sang maternel serait en lien avec un risque ultérieur de décès brutal du nourrisson. L’explication serait la suivante : une quantité trop importante d’alpha fœto-protéine perturbe les échanges placentaires, entraînant une souffrance fœtale et, par la suite, d’éventuels problèmes cardio-respiratoires.

La cigarette au banc des accusées

Plus récemment, c’est la nicotine qui a été accusée.

  • Des études menées par l’hôpital Robert Debré, en collaboration avec l’Institut Pasteur, l’INSERM et le Karolinska Institute de Stockholm ont identifié un récepteur spécifique à la nicotine, au niveau du cerveau. Ce récepteur régule la respiration pendant le sommeil, notamment lorsqu’il y a un manque d’oxygène dans le sang. Si la fonction de ce récepteur est altérée, les pauses respiratoires sont augmentées et peuvent conduire à l’arrêt cardio-respiratoire.
  • D’où l’importance, pour une future maman, de ne pas fumer pendant la grossesse : une femme enceinte qui fume vingt cigarettes par jour fait courir cinq fois plus de risques à son bébé qu’une non fumeuse. C’est un message qu’il faudrait faire passer à l’attention des 30 % de femmes qui fument et qui sont en âge de procréer.
  • Celles qui ont un désir d’enfant peuvent entreprendre un sevrage tabagique. Pour celles qui continuent de fumer, tout n’est pas perdu si elles prennent les mesures d’hygiène qui s’imposent, comme de ne pas allumer de cigarette en présence de leur nourrisson, ni ailleurs dans la maison.

Les causes les plus fréquentes

Sur les nourrissons morts prématurément, on retrouve souvent une infection respiratoire virale ou bactérienne, une hyperthermie ou un reflux gastro-œsophagien. D’autres facteurs génétiques restent encore à explorer.

De l’intérêt d’une prévention

À l’heure actuelle, on recommande toujours de coucher les bébés sur le dos, sur un matelas ferme et aux dimensions du lit. Habillez-les d’une turbulette, d’un sur-pyjama ou d’une gigoteuse. Les couvertures, les couettes sont à proscrire et la température de la chambre doit être de 18-19 °C. Enfin, la chambre doit être aérée au moins 20 minutes tous les jours. Toutes ces mesures de prévention restent à observer régulièrement. On constate en effet que certaines familles, quelques maternités, voire des grand-mères mal informées continuent malgré tout à coucher les bébés sur le ventre et sur le côté.

Prendre le temps de faire le deuil

  • Devant la disparition précoce et brutale d’un bébé, les parents sont souvent désespérés.
  • De l’avis des spécialistes : la perte d’un être aimé est cause de dépression et suivie d’un travail de deuil. Dans le cas de la mort subite du nourrisson, elle est très cruelle parce qu’incompréhensible. Inattendue, elle rompt la vie d’un petit être innocent, qui vient à peine de naître.
  • Les parents pensent souvent qu’ils doivent vite réparer la perte dont ils souffrent : ils veulent un nouveau bébé que l’on désigne, non sans raison, comme un bébé de remplacement. Certaines recherches semblent montrer qu’une telle décision peut être trop précoce. Il est nécessaire qu’un bébé qui naît après un frère ou une sœur victime de mort subite dispose d’une identité spécifique aux yeux de toute la famille et en particulier aux yeux de sa maman.
  • C’est tout l’intérêt des centres de référence : ils accueillent les mères et pères au moment du décès, ainsi que les associations de parents. Une aide à la reconstruction de la famille leur est apportée. Chacun doit être aidé afin de trouver les mots pour en parler en couple et aux autres enfants.

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